Dans la presse !
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Du garage Décane à l’Atelier d’été

C’était au temps où la Place Albert Roure s’appelait la Place de l’Ormeau, à cause de l’arbre du côté. À l’époque, le car passait là, il y avait la fontaine. Nous sommes au début des années 30 quand Aline et Daniel Décane achètent la maison aux « bézistes », ces deux frères vieux garçons qu’on appelait ainsi et qui avaient travaillé là comme serruriers-forgerons.

Dans cet atelier, où anciennement avait forgé l’arrière arrière grand-père Victor, avant Eugène le gendre, Daniel Décane - temps modernes obligent - s’installe comme mécanicien motos-vélos. Les automobiles sont encore rares mais déjà il y a la réclame, et sur la radio clandestine de Ménerbes on pouvait entendre une voix joyeuse annoncer : « Si vous avez une panne, Allez chez Décane ! »

Panne qui, un jour, fut de couleurs pour un certain Picasso. Sans doute vers 1946, il est entré chez Décane pour acheter de la peinture. Stupéfait, Daniel aurait répondu : « Maître, je n’ai que de la peinture à vélo. » « Ça ira » aurait dit le Maître.

L’histoire amuse dans la famille - même on est un peu fier - et  surtout elle sonne comme un bon présage. Si le garage Décane est devenu un atelier de peinture, avec Lexa en maestro, ça n’est donc pas tout à fait par hasard… D’abord on est à Ménerbes où la lumière si particulière a fait déjà s’arrêter bien des peintres, ensuite Alexandre – petit-fils de Daniel et fils de Christiane qui habite la maison familiale pour de longues vacances – a de qui tenir. Son parrain, André Roubaud, lui s’exprime à l’huile et l’encourage à tenter l’expérience à son instar d’un atelier d’été. Et puis son propre père, l’artiste Jean-Pierre Rinck, exposa aussi dans le village ses dessins de carrières et autres paysages à l’aquarelle.

C’est donc en 2002, qu’il quitte l’Alsace paternelle pour revenir parmi les racines provençales. Alors qu’il ne reste aux murs que quelques bons vieux crochets forgés maison, la hotte de la forge, la poulie du soufflet et l’âme bricoleuse d’un grand-père, Alexandre Rinck – LEXA pour la signature – déballe ses pinceaux et ses peintures. La cinquième génération investissait ainsi les lieux, au rez-de-chaussée de la haute maison de la Place Albert Roure. Avec les tableaux désormais accrochés, l’Atelier d’été ouvrait.

Peindre toujours et jouer au foot souvent

Ceux qui l’ont connu petit, jouant avec ses sœurs dans les rues de Ménerbes, l’appellent toujours Alexandre. Ceux qui ont appris à connaître le peintre (mais aussi joueur de foot dans l’équipe des vétérans ou bouliste assidu les soirs d’été) le saluent d’un Lexa qui lui va bien. Quand, au printemps, il ouvre à nouveau les portes de l’Atelier, il a des airs d’hirondelle, c’est bon signe. De l’atelier sortent des airs brésiliens, Bashung ou de la musique électro. L’adresse a bonne réputation auprès des enfants du village : il y a les sucettes dans le bocal, les images à regarder (et quelquefois elles sont coquines), Lexa discute avec eux de peinture et d’école.

Entrent ici autant d’amateurs d’art que de touristes surpris : pas très provençal tout ça ! C’est que Lexa peint son drôle de monde fait de tronches et de couleurs. Dans sa peinture, il y a toujours quelque chose qui dépasse, qui s’en va plus loin, dans l’histoire d’à côté : la fumée des cigarettes ou celle d’un bateau qui part dans l’horizon, un décolleté malin, une fleur entortillée… Il organise une malicieuse confrontation entre aplats et volumes, entre scènes d’ensemble et gros plans, entre illustration et narration. On y croise des personnages précis, soulignés, parfois cadrés dans une mise en scène resserrée, quelquefois découpés en multiples bouts d’images : le tableau est chaque fois ludique et unique.

LEXA peint sur du bois et découpe la planche en fonction du dessin, chaque tableau possède ainsi sa propre forme. Certains, construits comme des décors façon théâtre, naissent d’un objet chiné ou récupéré. Ils servent de déclencheurs à l’invention d’une nouvelle scène : les gens d’ici connaissent « la boucherie » ou encore cette drôle de fille qui tient au bout d’une laisse ses deux poissons rouges…

Chaque matin, Lexa installe dehors la table orange et les deux chaises, arrose les plantes et après boit son café allongé : il a ses rituels. À le regarder vivre, on peut penser que ça n’est pas un travail. C’est que chaque couche d’acrylique doit sécher, alors il en profite pour fumer une cigarette, pour aller chercher une glace à l’eau à l’épicerie et bavarder avec ceux qui passent. Pendant huit mois de l’année, l’atelier est ainsi ouvert chaque jour. Quand il n’est pas là, au cœur de l’hiver, il continue et prépare l’atelier pour la saison d’après. Pour lui, ne pas peindre est impossible.

Les projets sont nombreux, les idées de tableaux débordent, et Lexa cache chez lui les futures pièces des expositions à venir… Et puis ce dont il rêve depuis longtemps : une exposition avec pour thème le village tout entier, ce village aimé, si essentiel dans son histoire familiale et artistique.

 

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